Cultiver sobrement, partager simplement
Ici, le jardin n’est pas un décor. C’est un lieu vivant, travaillé avec patience, observation et respect du sol. Le jardin de l’Auberge Nonque est cultivé selon des principes simples : préserver la terre, limiter les intrants, réutiliser ce qui peut l’être,et produire une nourriture saine, locale et de saison.
Nous pratiquons un jardinage inspiré de la permaculture, où l’on cherche d’abord l’équilibre plutôt que le rendement à tout prix. Chaque espace est observé, adapté, et laissé évoluer dans le temps.
Les récoltes servent en priorité à l’autoconsommation, aux repas partagés à l’auberge, et parfois à des échanges locaux, dans un esprit de sobriété et de bon sens.
Le jardin est aussi un lieu de transmission : on y apprend en faisant, on y prend le temps, et l’on accepte que la nature ne se presse jamais. —
🌱 Ce que l’on y trouve
potager en évolution,
zones de compost et de réemploi
cultures de saison
arbres et haies nourricières
espaces laissés volontairement sauvages
🌱 Le jardinage sans labour
Au jardin de l’Auberge Nonque, nous pratiquons le jardinage sans labour depuis 2010, année où ma mère m’a confié la direction du jardin. Cette approche vise à respecter les différentes couches du sol et la vie qui s’y développe naturellement. Le sol est un milieu vivant, structuré en strates, où chaque profondeur joue un rôle essentiel. En surface (environ 0 à 20 cm) se développe une vie principalement aérobie, dépendante de l’oxygène : micro-organismes, champignons, bactéries, vers de terre. En profondeur, la vie est majoritairement anaérobie, adaptée à un milieu pauvre en oxygène, et indispensable à la fertilité du sol sur le long terme.
Retourner la terre mélange brutalement ces milieux, perturbe la flore microbienne et fragilise la structure naturelle du sol.
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🔧 Une pratique simple et accessible
Ici, le sol est ameubli, mais jamais retourné. Même lorsque la bêche est utilisée, le geste change : sauf pour certaines plantes très enracinées comme le chardon ou l’oxalis, la terre n’est ni portée ni inversée. La bêche est simplement enfoncée, puis légèrement basculée afin de fissurer et d’aérer le sol. Le geste habituel de retournement n’est pas effectué.
Les outils employés restent simples :
la bêche (utilisée avec mesure),
la bêche-fourche,
la grelinette, qui permet d’aérer sans bouleverser les couches.
Cette manière de travailler est :
plus rapide,
moins fatigante,
et facilement applicable par tout jardinier.
🌍 Un sol vivant dans la durée
En respectant la structure du sol, celui-ci gagne progressivement en souplesse, en stabilité et en capacité à retenir l’eau et les nutriments. Le jardin devient plus résilient, moins dépendant des intrants, et plus fidèle à ses équilibres naturels. Un sol respecté travaille pour le jardinier, et non l’inverse.
🌿 La permanence du sol
La permanence du sol consiste à occuper la terre de façon continue, sans jamais la laisser nue. Un sol nu se dessèche, se compacte et perd rapidement sa vie microbienne. À l’inverse, un sol couvert se protège naturellement et reste actif toute l’année.Le principe est simple : on récolte et on sème dans la continuité.
🌱 Cultures successives et couvert végétal
Après chaque récolte, le sol est immédiatement occupé par :
des engrais verts, comme le trèfle,
des cultures intermédiaires, telles que le radis ou la mâche,
des cultures d’hiver, notamment l’oignon.
Cette occupation continue permet :
de limiter les adventices,
de préserver l’humidité,
de maintenir l’activité biologique,
et de protéger la structure du sol.
🥔 La place de la pomme de terre
La pomme de terre est largement utilisée dans cette approche.
Plantée dans un sol souvent paillé, elle :
protège la surface du sol,
participe à son ameublissement,
et ne gèle pas, même en période hivernale.
Elle permet ainsi de maintenir un sol couvert sur de longues périodes tout en produisant une culture nourricière robuste.
🌍 Un sol actif toute l’année
Grâce à la permanence du couvert végétal, le sol reste vivant même hors période de production visible.
Il continue à transformer la matière organique, à structurer ses couches,et à préparer les cultures suivantes.
La terre n’est jamais laissée inactive.
🌾 Le cycle graine
Le cycle graine fait partie intégrante du jardin de l’Auberge Nonque. Il s’agit d’abord d’une pratique simple et classique :
la récolte de graines issues du jardin, comme le fait tout jardinier attentif à ses cultures. Cette démarche permet une concentration génétique pertinente :
les graines conservées proviennent de plantes déjà adaptées :
au sol,
au climat,
et aux pratiques culturales du lieu.
Au fil des saisons, les plantes deviennent ainsi plus résistantes et plus cohérentes avec leur environnement.
🌱 Semis libres et liberté du sol
Certaines plantes sont volontairement laissées monter en graines,puis accrochées à un grillage afin de semer naturellement au vol,au gré du vent et des passages.
Cette pratique offre à la terre une liberté supplémentaire :
le sol n’est plus seulement support de culture,il devient acteur du choix des implantations.
Les graines se déposent là où les conditions leur conviennent le mieux,révélant parfois des zones plus fertiles, plus humides ou mieux exposées.
🌸 Jachère et graines sauvages
Une partie du jardin est laissée en jachère, afin de permettre aux graines sauvages de germer librement.
C’est ainsi que sont apparues des roses trémières,grandes fleurs comestibles, venues s’installer d’elles-mêmes.
D’autres plantes ont suivi ce cycle grainé spontané :
la mauve,
la bourrache,
l’oseille,
le panais,
et, à une époque, la vesce.
Ces implantations ont parfois bouleversé les lignes du jardin, modifiant les espaces prévus initialement.
Mais c’est aussi cela, la nature :la plante pousse là où elle est bien.
🌍 Un jardin plus libre
En laissant une place au cycle grainé,
le jardin gagne en diversité,
et la terre en autonomie.
Le rôle du jardinier devient alors moins directif :
il observe, accompagne,et ajuste lorsque cela est nécessaire.
Le jardin cesse d’être entièrement planifié,
il devient libre, vivant et évolutif. Et ainsi plus résiliant.